Cheval de Guerre

Écrit par RAJO, le 12 avril 2012 à 23h15

Affiche du film Cheval de Guerre

Cette adaptation du roman éponyme de Michael Morpugo raconte la formidable et touchante histoire d’amitié entre Albert, un jeune garçon, et son cheval Joey. Vendu à la cavalerie britannique au début de la première guerre mondiale, Joey est directement envoyé au front. Mais il est capturé par les allemands qui n’hésitent pas à s’en servir dans les combats. Albert, qui est encore trop jeune pour s’engager, décide de se lancer dans une mission de secours pour libérer son cheval.

Pas le temps de se refroidir ! Peu après la sortie de Tintin, Steven Spielberg livre sa dernière création : Cheval de Guerre. Il profite de la Master Class à la cinémathèque française, pour soumettre le film. Il y reçoit un accueil chaleureux – y compris de la presse. Mais lors de la sortie nationale, d’autres échos plus réservés sur ce dernier jet résonnent.

Les premiers mètres de pellicules inspirent. On survole des contrées magnifiques qu’offrent les champs du Devon en Angleterre. La machine Spielberg semble lancée. Mais très vite on constate que le réalisateur privilégie les tournages en studios aux décors réels. Les incrustations se devinent facilement – même sur un dialogue en champ contre champ – et nous propulsent hors de l’histoire. Pourtant, lors de la scène des enchères, on se prend au jeu et on s’impatiente de découvrir la suite. Les ingrédients d’un bon Spielberg sont bien là : des personnages marqués et charismatiques, une quête personnelle, un brin de burlesque, le tout parsemé d’aventures et d’actions.

Image du film Cheval de Guerre

Le film se poursuit et Spielberg surprend dans sa façon de filmer le cheval. Il propose une mise en scène originale de l’animal, voire impressionnante. Le cheval, Joey, peut détourner la tête, nous faire les yeux doux, ou encore se dresser. À en oublier sa facette bestiale, il prend un caractère humain et devient un vrai premier rôle. Il fait avancer les autres personnages qu’il rencontre. Il devient un ami, un frère, sur qui on peut compter et auquel on peut dévoiler ses secrets. Joey donne sans rien attendre en retour, il offre par amitié, par amour. Il exprime ses émotions sans équivoques, à l’inverse de l’homme plus calculateur et imprévisible. Le destrier « sans conscience » se retrouve souvent désarmé face au monde et aux autres, comme dans la scène où il cherche à fuir la guerre. Il se retrouve pris au piège dans une impasse, et ne peut rien faire d’autre que de se cabrer face à l’homme, caché dans son tank. On retrouve l’animal prisonnier de toute sa candeur symbolisée par les barbelés dans le No man’s land, ou par la marque que lui laisse la charrue à labourer. Ces scènes sonnent un point fort dans le film et on regrette qu’elles n’aient que si peu de place. Elles sont l’essence de Cheval de Guerre. A contrario Steven Spielberg enchaine les évènements rapidement et joue avec des émotions de surface. Tout se résout vite : on se fâche, un câlin et trois mots doux puis on peut accomplir l’impossible.

L’absence de sentiments et de profondeur reflète la vision américaine et caricaturale sur le monde d’aujourd’hui. L’esprit manichéen de Spielberg n’aide en rien l’histoire. Les méchants sont bien méchants et les gentils très gentils. Il manque la dose de piquant que l’on retrouve dans Tintin avec le capitaine Haddock ou dans Catch Me if You Can avec Di Caprio.Le film offre un arrière-gout colonialiste. Les acteurs francisent ou écorchent avec un brin d’allemand, leur anglais, pour souligner si l’action se déroule en France, ou que de grands méchants Allemands complotent. D’autres réalisateurs nous ont prouvé qu’une réelle approche des langues n’était pas impossible à concevoir – Ingorious Bastard de Quentin Tarantino ou certains épisodes de Lost de J.J. Abrams.

Le manque de références et des indices trop grossiers n’aident pas à garder le fil de la narration : qui est qui ; qui fait quoi ? Là où Spielberg excelle, c’est lors des scènes d’actions. On ne peut que savourer et se délecter de ces moments. Les chevauchées dans les prairies sont certes agréables et nostalgiques à regarder, mais ce n’est que broutille, comparée à la sortie des soldats pour l’assaut dans les tranchées. La cadence est impeccable, les plans captivent et l’on s’y croit vraiment. Notre coeur s’emballe tout à coup au rythme de l’action. On suit l’avancée sur le front par des travellings latéraux. On garde un oeil sur les soldats alliés, on ne voit pas l’ennemi, les balles sifflent devant nous et les explosions jaillissent de partout. Malgré tout, on continue la percée, comme le soldat qui n’a pas le choix, sauf de courir vers la ligne ennemie. Une partie de la vie des tranchées est ici bien retranscrite et montrée. L’expérience acquise sur un Soldat Ryan ou un Band of Brothers a payé.

Cheval de guerre n’est pas un grand Spielberg, mais il contient des points intéressants dans sa façon de nous livrer l’histoire. Certains concepts auraient mérité plus de temps à l’écran. Dès le début, les codes du réalisateur se repèrent, mais très vite, le film sort des structures classiques de la filmographie du cinéaste. À l’image d’un Martin Scorsese, Steven Spielberg donne lui aussi l’impression de vouloir explorer de nouveaux univers.

:1:
Cheval de Guerre de Steven Spielberg




1
Tags: , , .

Les étoiles perdent leurs moitiés

Écrit par RenSarr, le 1 avril 2012 à 23h07

Les demi-étoiles, c’est fini.

Le but n’a jamais été de voter précisément chacun des films, ça serait ridicule de penser pouvoir mettre 6,2 à un film et 6,4 à un autre. La notation a pour simple vocation de partager un ressenti général, d’orienter le lecteur sur un article. Et il faut bien avouer que les demi-étoiles étaient trop souvent dérisoires, trop précises pour être exactes. Le temps est donc à la simplification.

En gros, ça donne :

    :4: : Immanquable.
    :3: : À voir.
    :2: : Pas mal.
    :1: : Décevant.
    :0: : À oublier.



Les notes déjà donnés ne seront pas revues. C’était dans la logique de l’époque et ça demanderait beaucoup de travail pour pas grand-chose.




4
Tags: .

J. Edgar, Millénium, La Taupe, Detachment

Écrit par RenSarr, le 31 mars 2012 à 19h56


En Bref
Affiche de J. Edgar

J. Edgar
:1,5:

Après deux essais ratés (Invictus et surtout Au-delà), Clint Eastwood s’attaque à une figure emblématique de l’Amérique. On sent rapidement que Clint maitrise son sujet. Il raconte habilement toute la névrose de son personnage dès son premier rendez-vous galant.
Malheureusement, un biopic reste un biopic. La narration classique est alourdie par ces allés et venus entre passé et présent. On peut louer le travail de reconstitution historique, admirer la lumière de Tom Stern, qui plonge constamment les visages dans le noir ou trouver le maquillage bluffant. Le problème, c’est qu’on s’ennuie. Finalement, c’est dans l’histoire d’amour impossible entre J. Edgar Hoover et son collègue Clyde Tolson, que Clint s’en sort le mieux, mais on est encore loin de la grâce de Sur la route de Madison



Affiche du film Millénium

Millénium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes
:2,5:

David Fincher avait frappé un grand coup avec The Social Network. Le voir adapter à nouveau Millénium (moins de trois ans après l’essai dano-suédois) a quelque chose de décevant. Pourtant, ne vous y tromper pas, il y a un monde entre le travail de Niels Arden Oplev, qui avait fait une adaptation fidèle, mais sans génie (qui a dit télé-film ?) et le travail de David Fincher, qui s’approprie l’histoire. Il relègue au second plan l’enquête policière pour mieux nous parler de ses personnages, de leurs obsessions. On reconnait rapidement dans Lisbeth des caractéristiques familières aux personnages de Fincher. Elle aussi est en marge de la société à l’instar d’un Tyler Durden ou de Mark Zuckerberg. Mais Fincher reste trop proche du livre pour réellement transcender son histoire (pour ne pas froisser les fans ?). Millénium n’est pas un grand film, mais un bon blockbuster avec un sublime générique de début.


Affic

La Taupe
:2:

Après Morse, Tomas Alfredson se retrouve à la réalisation d’une production internationale. La Taupe (Tinker, Tailor, Soldier, Spy de son titre original) est un véritable film d’espionnage. L’observation est au centre de tout. Bien sûr pour les espions, c’est primordial, mais le spectateur n’est pas en reste. On navigue de secret (d’état) en secret (intime). On jongle entre les surnoms et les noms de code. On s’engouffre dans des fausses pistes. Il y a quelque chose de délicieux à mener sa propre enquête devant le film. Même si par moment, on perd carrément le fil. Le tout dans une atmosphère glaciale et pleine de classe, un peu trop d’ailleurs. La mode vintage apparait dans chaque plan…
On regrette surtout qu’en respectant scrupuleusement les thèmes de John Le Carré (le livre date de 1973), Thomas Alfredson nous pond un film déjà daté.


Affiche de Detachment

Detachment
:2:

Tony Kaye est connu pour son violent et dérangeant American History X. Detachment se veut beaucoup plus calme. Il dépeint le portrait d’un professeur remplaçant, débarqué dans une école de banlieue new-yorkaise. Un homme meurtri intérieurement, magnifiquement joué par Adrien Brody, trop blessé pour s’occuper de lui-même, il donne son attention aux autres. La vision de Tony Kaye de l’humanité est assez désabusée, des enfants en perdition, des enseignants sans solution, des parents absents… Mais c’est formellement que le film dérange. Les enchainements de gros plans, la caméra typée documentaire, la mise en scène grossière, auquel on peut rajouter une animation sans réel intérêt.
Touchant et énervant à la fois.





0